Clémence Moulon, chiropracteur : « La chiropraxie aide les problèmes d’allaitement maternel »

Après une césarienne ou un accouchement difficile, nombreux sont les bébés qui souffrent de tensions pouvant notamment entraîner difficultés de succion, douleurs gastriques, torticolis ou autres problèmes de mobilité. Face à ces inconforts des premiers mois qui peuvent compliquer l’allaitement, la chiropraxie s’avère une solution efficace — bien que peu connue.

Pour découvrir cette discipline, nous avons échangé avec Clémence Moulon, chiropracteur* spécialisé dans la prise en charge du nourrisson, du bébé et de la femme enceinte.
Grâce à elle, nous apprenons ce qu’est la chiropraxie et en quoi elle peut accompagner les bébés et les mamans pour un allaitement réussi.


Bonjour Clémence et merci d’avoir accepté cet échange. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Portrait de Clémence Moulon, chiropracteurBonjour ! J’ai 30 ans, je suis chiropracteur, diplômée en 2014 de l’Institut franco-européen de chiropraxie.

Après l’obtention de mon diplôme, je me suis rapidement installée à La Rochelle avec mon conjoint, lui aussi chiropracteur.

Je suis également maman d’une petite fille de 18 mois. J’ai rencontré de nombreuses difficultés d’allaitement, ce qui m’a obligée à l’interrompre beaucoup plus tôt que ce que je souhaitais. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle j’ai « creusé » le sujet sur le plan professionnel.

 

Vous êtes chiropracteur. Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est la chiropraxie ?

La chiropraxie fait partie des professions de la santé manuelle, réglementée depuis la loi Kouchner de 2002.

Pour l’adulte, le but de la chiropraxie est de travailler sur la posture pour régler différents types de problèmes (dos, mâchoires…). Mais il s’agit aussi d’effectuer de la prévention pour éviter que les problèmes ne surviennent.
Cette partie de prévention nécessite une analyse assez précise et globale du corps.

Chez le bébé, l’objectif de la chiropraxie est de travailler sur la globalité du corps pour détecter les zones de tension et régler les blocages (torticolis, troubles de succion, troubles digestifs…). Les ajustements s’effectuent toujours de façon très douce.
L’idée est aussi de miser sur la prévention pour les bébés, surtout après la naissance.

 

Quelles sont les différences entre chiropraxie et ostéopathie ?

Chiropraxie et ostéopathie sont deux domaines cousins. Dans les deux disciplines, on travaille sur le corps dans sa globalité. Les variantes se situent au niveau des techniques et de la formation.

Pour se former en chiropraxie, il existe une seule école délivrant une équivalence « Master », ce qui nous offre une grande possibilité de soin. Le diplôme délivré par l’Institut franco-européen de chiropraxie est reconnu au niveau international.

Au niveau de la technique, le chiropracteur axe beaucoup son travail sur le système nerveux et au niveau crânien. Les ajustements peuvent notamment avoir un impact sur le système digestif.

Aujourd’hui, il existe environ 1 000 chiropracteurs en France (la profession est davantage développée à l’étranger). On en retrouve déjà plusieurs sur la carte VanillaMilk.


En plus de la formation initiale de chiropracteur, vous avez suivi des formations complémentaires pour vous spécialiser dans les nourrissons et les bébés. Pourriez-vous détailler ces formations ?

J’ai toujours eu une affinité pour la prise en charge des bébés et des enfants.

Quand j’ai commencé à travailler, j’ai eu des bébés au cabinet et je me suis vite rendu compte qu’il fallait une formation complémentaire. J’ai donc suivi des formations spécifiques à la petite enfance, autour du développement, de la motricité libre, de la prise en charge des plagiocéphalies**… Dans ces formations, on parle forcément de la succion du nourrisson et donc aussi des problèmes de freins buccaux restrictifs.

Aujourd’hui, je suis donc formée et certifiée après avoir suivi des formations auprès de divers professionnels de santé, notamment auprès des consultantes en lactation IBCLC Caroline Deville et Aurélie Petitclerc et du Docteur (chirurgien et obstétricien) Michel Odent.


Depuis 2018, vous disposez d’une formation spécifique sur l’allaitement maternel. Quels constats / affinités professionnelles vous ont poussée à cette spécialisation ?

Deux raisons m’ont incitée à suivre une formation spécifique en allaitement maternel :

  • J’avais tout d’abord beaucoup de mamans allaitantes parmi mes patientes.
  • Mais aussi en raison des difficultés personnelles rencontrées au moment de mon propre allaitement.


Comment la chiropraxie peut-elle aider des problèmes d’allaitement maternel ?

La chiropraxie aide les problèmes d’allaitement maternel car nous travaillons sur la succion.

Une bonne succion stimule la lactation, permet une bonne prise de poids chez le bébé et évite aux mamans d’avoir des douleurs.

En chiropraxie, nous travaillons sur tous les facteurs qui entrent en ligne de compte :

  • L’ouverture de la bouche,
  • Les mouvements de la langue,
  • Les réflexes,
  • La mobilité de la mâchoire,
  • Les mouvements crâniens,
  • Les tensions globales au niveau du cou et du corps (pour que le bébé soit à l’aise au niveau du dos, du bassin, de la mobilité de la tête…).

Pour les bébés, la chiropraxie contribue donc à résoudre les problèmes de succion, de mobilité, de bien-être général, des problèmes de reflux ou encore des problèmes de sommeil.


Pourriez-vous nous détailler des cas concrets ?

Bien-sûr ! J’ai par exemple eu le cas d’un bébé référé par une pédiatre car il avait la mâchoire qui claquait. Il forçait sur le sein au moment de la tétée. La maman avait donc des crevasses et des douleurs, tandis que la prise de poids du bébé n’était pas idéale.

Et en effet, le bébé ressentait un inconfort. L’accouchement ayant été long, j’ai détecté beaucoup de tensions au niveau de la clavicule, des épaules, du crâne et de la mâchoire.

Dès la première séance, il y a eu des améliorations au niveau des tétées —il m’arrive d’ajuster les bébés au moment de la tétée, et je peux alors constater les améliorations en direct.
Puis, au bout de quelques séances, la mâchoire ne claquait plus et par la suite, l’allaitement a été beaucoup plus serein.


Dans quelle(s) situation(s) conseillez-vous d’opter pour la chiropraxie ?

Au cabinet, les urgences concernent essentiellement des difficultés de succion et d’allaitement.

Mais la chiropraxie peut apporter des solutions pour différents types de problèmes comme :

  • Des signes d’inconfort,
  • Des bébés qui se jettent en arrière ou qui se mettent de côté (souvent dans le but de relâcher leurs propres tensions),
  • Des bébés avec les points fermés et le visage tendu (signes de tension),
  • Mais aussi des bébés qui détestent être dans le cosy car la position leur est inconfortable…


Y-a-t-il un âge minimum (ou des contre-indications) pour qu’un bébé suive des séances de chiropraxie ?

Il n’existe pas d’âge minimum. On peut effectuer une séance de chiropraxie auprès de nouveau-nés quelques heures après la naissance.

En ce qui me concerne, cela arrive notamment quand je suis référée par d’autres professionnels du corps médical ou quand il s’agit de mamans que je connais et qui me sollicitent dès la grossesse.


Comment se déroule une consultation ?

Le début de la consultation démarre toujours par une anamnèse, c’est-à-dire un ensemble de questions sur la grossesse, l’accouchement et les troubles du bébé.

Je me présente ensuite au bébé, ce qui est important car je vais poser mes mains sur son corps. Si j’ai mon petit croisement de regard, je sais que ça va bien se passer.

Je procède ensuite à l’examen du bébé : test des réflexes, évaluation des tensions, des zones de restriction…

Puis vient la phase de soins avec des mobilisations, des mouvements très doux, des petites pressions…

Enfin la consultation se termine par un moment d’échange avec les parents, durant lequel je prodigue des conseils sur des petits massages ou des positions à privilégier par exemple.
Je donne d’ailleurs souvent à la maman une petite fiche explicative à ramener à la maison.

 

Combien de consultations sont en général nécessaires pour résoudre des problèmes d’allaitement ?

C’est toujours difficile d’évaluer à l’avance le nombre de séances requises pour résoudre un problème. Mais, il faut au moins attendre 2 à 3 séances pour percevoir des changements et avoir du recul.

Ensuite, je conseille de consulter en prévention tous les 4 mois. Chez les bébés, il y a en effet des choses différentes à analyser à chaque étape du développement.

 

Quels sont les résultats ? Quels sont les retours des mamans qui ont choisi la chiropraxie pour résoudre des problèmes d’allaitement ?

Le retour des mamans, c’est que « c’est super ! ».

A la fin de la séance, je constate le changement de regard des mamans pour leur bébé au moment de la tétée quand celle-ci est sereine.

C’est ma plus belle récompense !

 

Selon vous, la chiropraxie est-elle bien identifiée comme solution possible à des problèmes d’allaitement en France ?

On y travaille. L’Association française de chiropraxie pédiatrique a été créée en 2020 pour communiquer auprès des parents et des professionnels de santé.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de bouche-à-oreille mais cela ne suffit pas encore.


Comment faire évoluer les choses ?

Pour moi, il s’agit d’un travail pluridisciplinaire : il faut développer les échanges entre professionnels pour une meilleure action et une meilleure communication.


S’il ne devait y en avoir qu’un, quel serait votre meilleur conseil à l’attention des futures mamans qui se préparent à allaiter leur bébé à venir ?

Je conseillerais à toutes les mamans de bien s’entourer dès la grossesse, avant l’accouchement.

En prévention, il faudrait que les mamans se renseignent un maximum : auprès des professionnels formés, mais aussi auprès des amies qui ont allaité, de la famille…
Il est primordial d’avoir des personnes de confiance autour de soi.


Selon vous, quelles sont les principales problématiques qui existent aujourd’hui autour de l’allaitement maternel ?

Les formations et connaissances ne sont pas suffisantes. Les données scientifiques sont mises à jour régulièrement mais s’il existait plus de formations, les professionnels pourraient mieux aider les parents. Les discours autour de l’allaitement seraient également plus homogènes, ce qui serait plus utile pour vraiment aider les mamans plutôt que de donner des avis divergents.

Après, il faudrait que l’allaitement soit socialement un peu mieux accepté : c’est quelque chose de naturel, et il serait bien que cela soit perçu comme tel par tout un chacun.

 

Si vous disposiez d’une baguette magique, que changeriez-vous en France pour faire progresser les taux d’allaitement maternel ?

Je délivrerais plus d’informations et essaierais d’offrir un meilleur soutien aux parents dès la grossesse.

Sur le plan professionnel, ce soutien peut s’imaginer :

  • au travers de consultations spécifiques sur l’allaitement — en plus des traditionnelles consultations des sages-femmes post-accouchement —
  • et par le développement des consultations à domicile, qui aideraient davantage les mamans éprouvant des difficultés dans leur début d’allaitement – puisqu’elles sont souvent contraintes de l’interrompre si elles ne sont pas rapidement conseillées.

Sur le plan personnel, il est également important de tabler sur le soutien familial car l’allaitement est une affaire de famille.


Un petit mot sur VanillaMilk ?

VanillaMilk est un super réseau de mamans et de professionnels pour échanger et obtenir des conseils. Je trouve cela très intéressant de s’adresser à la femme enceinte et d’aborder la question de l’allaitement avant l’accouchement. Car un allaitement sauvé, ce n’est pas rien, c’est pour toute une vie. Bravo pour cette belle initiative !

 

* ou chiropraticien.
** Plagiocéphalie : Déformation (aplatissement) visible sur le côté ou et l’arrière de la tête du bébé

Lien vers le site de l’Association Française de Chiropraxie : https://www.chiropraxie.com

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