On peut donner son sang. Mais aviez-vous déjà entendu parler du don de lait maternel ? Il est pourtant fondamental pour les bébés nés prématurément.

« Puis-je donner mon lait ? », « Comment se passe un don ? », « Qu’est ce qu’un lactarium ? »
Les mamans qui souhaitent donner ont souvent de nombreuses questions. Les lactariums, eux, ont besoin de se faire connaître !

Pour lancer notre série de portraits des acteurs de l’allaitement maternel, nous sommes donc allées à la rencontre de Rachel Buffin, médecin responsable du Lactarium de Lyon. Elle nous a reçu avec son sourire et sa gentillesse habituelle.
Grâce à elle, nous sommes désormais devenues de véritables ambassadrices des Lactariums de France !

 

Bonjour Rachel et merci de nous recevoir. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Rachel Buffin, responsable du lactarium de Lyon

Bonjour ! Je m’appelle Rachel Buffin et j’habite la région lyonnaise. Je suis médecin, pédiatre néonatologue, maman de deux beaux enfants et bientôt jeune grand-mère.

Lorsque je suis arrivée au lactarium de Lyon, j’ai validé le Diplôme (Inter) Universitaire en Lactation Humaine et Allaitement Maternel. C’était quelque chose qui était important pour moi et absolument complémentaire de ma formation initiale.

Actuellement, je suis médecin responsable du lactarium et ce depuis une dizaine d’années. Je suis également membre de l’Association Des Lactariums de France en tant que trésorière et membre de l’Association Européenne des Lactariums.

Le lactarium de l’Hôpital de La Croix Rousse de Lyon est un lactarium régional qui gère le lait humain de toute la région Auvergne Rhône Alpes. Il concerne donc le don de lait anonyme (d’une maman à un autre enfant que le sien) et le don personnalisé (d’une maman à son propre bébé).

 

Pouvez-vous nous parler du don de lait ?

Le don de lait est extrêmement important parce qu’il est à destination essentiellement d’enfants nés prématurément. Ce sont des enfants qui naissent largement avant leur terme et pour lesquels les mamans peuvent parfois rencontrer, pour diverses raisons, quelques difficultés à mettre en route leur lactation.

On sait que le lait maternel est essentiel pour ces enfants puisqu’on le considère comme un réel médicament.

Lorsque les mamans d’enfants prématurés sont en difficulté pour produire suffisamment de lait pour leur propre bébé ou lorsqu’elles présentent une contre-indication à allaiter, le lactarium est là pour fournir du lait à ces enfants jusqu’à ce qu’ils pèsent au moins 1 kilo 800 grammes.

 

Comment se déroule un don ? Qui peut donner ? Sous quelles conditions ? Et comment ?

Il existe 2 types de dons de lait : le don anonyme et le don personnalisé.

Le don de lait anonyme :

La maman est à la maison avec son propre bébé. Elle présente un excédent de lait qu’elle peut donner au lactarium, sous réserve :

  • Qu’elle n’ait pas de contre-indication sur le plan médical
  • Qu’on puisse réaliser des sérologies virales qui vont permettre d’éliminer certaines maladies contre indiquant le don.

Ces mamans pourront ainsi nous appeler et les collectrices du lactarium iront chercher le lait directement chez elles. Elles le ramèneront ensuite au lactarium pour pouvoir le traiter en vue de le redistribuer à des enfants prématurés.

Plus concrètement, au lactarium régional Auvergne Rhône Alpes, quand une maman nous appelle :

  1. Les infirmières-puéricultrices vont effectuer un premier interrogatoire pour éventuellement identifier une maladie qui puisse être une contre-indication au don mais aussi évaluer l’excédent de lait de la maman. En effet, le but du lactarium n’est pas de priver un enfant du lait de sa maman mais au contraire de récolter l’excédent qui ne pourra pas être utilisé pour l’enfant. Les informations sur le don de lait sont disponibles sur le site de l’Association des Lactariums de France (ADLF).
  2. Ensuite, on mettra en place le don à proprement parler. On fournira alors à la maman, si elle n’en a pas encore, un tire-lait électrique ainsi que des biberons stériles à usage unique. Lorsqu’elle aura obtenu un litre de lait, elle nous rappelle.
  3. On effectue alors des sérologies qui sont bien sûr à la charge du lactarium.
  4. Lorsque tout est conforme, le médecin du lactarium rappelle la maman pour effectuer un interrogatoire médical plus complet et revérifier qu’il n’y a pas eu de changement par rapport aux informations reçues au départ.
  5. Le lait pourra enfin, sous réserve de la validation du dossier par le médecin, être mis en production pour pouvoir être pasteurisé puis distribué aux prématurés.

Les lactariums sont régis par les règles très strictes de l’Agence Nationale de Santé et du Médicament (ANSM) et le matériel pour le recueil doit préalablement être bien stérilisé. La procédure peut parfois être un peu variable d’un lactarium à un autre mais le fond reste le même. Il faut se renseigner auprès du lactarium le plus proche de son domicile.

Le don de lait personnalisé :

Les mamans ont leur propre bébé hospitalisé dans un service de l’hôpital. Dans certaines conditions, le lait passe par le lactarium avant d’être redonné au bébé.

Lorsqu’il y a un excédent de lait et que le bébé n’a pas besoin de tout le lait de sa maman, elle peut, dans les conditions relativement identiques au don de lait anonyme, nous offrir un peu de lait pour d’autres enfants prématurés.

 

Quels autres rôles peuvent jouer les lactariums en France ?

Les autres rôles des lactariums, en plus d’être des banques de lait humain, sont de :

  • Participer à la promotion de l’allaitement maternel
  • Soutenir les mamans donneuses anonymes qui allaitent leur propre bébé en répondant à leurs questions
  • Soutenir et accompagner les mamans de bébés prématurés pour maintenir et mettre en place leur lactation.

 

Quels sont aujourd’hui les besoins des lactariums français ?

Un besoin prioritaire : nous rendre davantage visibles notamment auprès des mamans allaitantes afin de leur faire connaître le don de lait et les lactariums. Malheureusement, ils sont encore très peu connus.

En comparaison avec le don de sang , don de gamètes ou don de moelle osseuse qui sont soutenus par l’Agence de Biomédecine en terme de publicité, les lactariums eux n’ont pas cette chance. Encore trop peu de gens connaissent la possibilité du don de lait.

La visibilité à l’échelle nationale est donc fondamentale pour les lactariums mais il est très important que cette communication soit orientée vers les bonnes populations.

Contrairement au don de sang qui peut s’ouvrir à un public plus large, le don de lait est très spécifique et s’adresse exclusivement aux mamans allaitantes ayant un excédent de lait. Il est fondamental pour les lactariums d’arriver à toucher, tout particulièrement, ces mamans-là. Lorsqu’on effectue des campagnes de communication très vastes, certaines mamans, qui n’ont pas forcément un excédent, veulent nous donner leur lait mais peuvent vite se retrouver en difficulté pour le faire.

 

Et comment savoir si une maman présente un excédent de lait ?

Il y a plusieurs possibilités. Il peut s’agir d’une maman :

  • Qui ne donne qu’un sein à chaque tétée et qui va recueillir, le matin par exemple, le lait du coté non donné pour éviter l’engorgement,
  • Qui préfère donner son lait au biberon à son enfant, et dans ce cas elle connait les besoins de son enfant et nous donne l’excèdent,
  • Dont le bébé commence à dormir plus longtemps la nuit et qui a des seins engorgés car non sollicités pendant plusieurs heures,
  • Ou tout simplement d’une maman dont le bébé ne tète pas la totalité du lait du sein et qui va recueillir son lait après la tétée. Il suffit parfois d’essayer le recueil au tire-lait pour savoir si l’excédent est présent à la fin d’une tétée par exemple.

Dans tous les cas, si une maman souhaite donner son lait mais se pose des questions (comme « Ai-je assez de lait pour donner au lactarium ? » ou « Puis-je donner mon lait au lactarium ? »), je l’encourage vivement à ne pas hésiter à contacter le lactarium le plus proche de son domicile.

 

S’il ne devait y en avoir qu’un, quel serait votre meilleur conseil à l’attention des futures mamans qui se préparent à allaiter leur bébé ?

Je crois que le meilleur conseil, c’est de bien s’informer avant de débuter un allaitement pour connaître les premiers gestes qui permettent la mise en route de la lactation. On ne le dit pas assez aux mamans mais l’information avant l’arrivée de bébé est fondamentale pour aider à la mise en place de la lactation.

 

Si vous disposiez d’une baguette magique, que changeriez-vous en France pour faire progresser les taux d’allaitement maternel ?

Ahhh ! Si j’avais une baguette magique, je l’utiliserais pour intensifier la formation sur l’allaitement maternel et pas seulement sous forme de tutorat. Malheureusement, il y a beaucoup de mauvaises informations qui circulent dans les maternités et qui sont transmises de générations en générations de soignants. Il faudrait qu’on arrive à casser cela en donnant les bonnes informations aux professionnels en charge de mamans allaitantes ou de futures mamans qui souhaitent allaiter.

La deuxième chose que j’aimerais, c’est que la France fasse évoluer la politique familiale pour que les mamans puissent vivre un allaitement facilité, particulièrement dans les six premiers mois de la vie de l’enfant.

 

Un petit mot sur VanillaMilk ?

VanillaMilk, c’est une expérience assez formidable, menée par deux jeunes femmes courageuses et extrêmement dynamiques. On a besoin de ce dynamisme dans l’allaitement actuellement.

La création de ce site est plébiscitée par de nombreux acteurs à l’heure actuelle parce que c’est une vraie demande et un vrai besoin.

Donc, je ne peux que les encourager à continuer comme ça !

Vous êtes un professionnel, une maman, un papa… ?
Vous représentez une asso, un lieu, un organisme, une entreprise… ?
Vous êtes expert dans un domaine,  une spécialité ou vous avez une actualité, un concept, un projet… dont vous aimeriez parler et présenter dans le cadre d’un article sur notre blog ?

Quelle bonne idée !
Contactez-nous vite et parlons-en vite !

Essie

Modératrice