Vous vous apprêtez à allaiter votre enfant ? Vous allaitez depuis quelques semaines ? Parmi les questions que vous vous posez, celle de la durée de l’allaitement vous interroge.

Y a-t-il une durée minimale pour allaiter ? Y-a-t-il un âge au-delà duquel l’allaitement n’est plus recommandé ? Peut-il être maintenu au moment de la diversification alimentaire ?

Pour aborder ces questions, nous avons interrogé Sarah Bertrand, médecin et présidente de la CoFAM (Coordination Française pour l’Allaitement Maternel).

 

Bonjour Sarah et merci d’avoir accepté cet échange. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

 

 

Sarah Bertrand, Présidente de la CoFAM

Je m’appelle Sarah Bertrand. J’ai 35 ans et je suis maman de 4 enfants, âgés entre quelques mois et 12 ans.

Je vis à Reims et j’exerce en tant que médecin libéral cardiologue en Haute-Marne.

Parallèlement à mon activité professionnelle, je suis administratrice à la CoFAM depuis 3 ans et j’en suis la Présidente depuis 2019.

J’ai également co-fondé « Bulle de Lait », une association locale de soutien à l’allaitement maternel.

 

Vous êtes médecin cardiologue. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser au sujet de l’allaitement maternel et à vous investir dans ce domaine ?

 

Mon investissement sur le sujet de l’allaitement maternel est complètement indépendant de mon activité professionnelle.

J’ai toujours été intéressée par la petite enfance car j’ai toujours nourri la conviction qu’un bon départ dans la vie épargnait bien des difficultés. Mais tout en m’y intéressant, je ne m’étais jamais engagée dans la protection de l’enfance.

Mon investissement en faveur de l’allaitement maternel vient de ma propre expérience de maman. J’ai allaité mes deux premiers enfants pendant 6 mois, convaincue qu’au-delà, ça ne servait à rien. Pourquoi cette idée ? Simplement parce que c’est ce que l’on disait partout !

Au sevrage de mon deuxième enfant, j’ai trouvé que ce n’était pas naturel. Mais j’ai tout de même arrêté car « c’était comme ça ». Comme le fait de partir de chez ses parents à 18 ans et de passer son permis de conduire.
Or, cette interruption d’allaitement a généré un vrai mal-être chez moi. Je me suis demandée pourquoi. Mais à l’époque, je n’avais pas de réponse.

C’est seulement pour mon troisième enfant que je me suis rendue compte que je n’avais jamais eu de raison valable d’arrêter l’allaitement du second.

Mon choix avait été dicté par une habitude culturelle de ne pas allaiter plus longtemps. C’était plus un choix sociétal qu’un choix personnel. En en parlant autour de moi, je me suis rendue compte que je n’étais vraiment pas la seule. Il y avait un vrai manque d’informations sur le sujet.

Alors qu’en tant que médecin, j’avais à cœur que mes patients puissent recevoir une information juste, loyale et adaptée pour faire un choix libre et éclairé.

Beaucoup de femmes viennent nous voir à l’association « Bulle de Lait » pour leur deuxième enfant en nous disant :
« Cette fois-ci, je ne veux pas rater mon allaitement ! ». Il y a même une certaine honte éprouvée par celles qui font le choix d’allaiter plus longtemps. Nombreuses sont celles qui n’osent pas le dire. Pas même à leur médecin !


Justement, en tant que médecin spécialiste, avez-vous reçu une formation spécifique sur la thématique de l’allaitement maternel dans le cursus général de médecine ?

 

A l’époque où j’ai fait mes études, nous avions un examen à passer en fin de sixième année. Sur 370 modules, un seul était consacré à l’allaitement.

Cet unique module portait à 80% sur les complications de l’allaitement, comme les lymphangites, les abcès… Mais rien sur la physiologie de la lactation, le soutien de la mère allaitante…


Selon vous, quel est le niveau de conscience général de l’impact de l’allaitement sur la santé ?

 

Je trouve que la population est de plus en plus consciente des bienfaits de l’allaitement — d’autant plus avec les derniers scandales sur les laits artificiels.

Aujourd’hui, il y a une bonne connaissance des impacts positifs de l’allaitement sur la santé (à moyen et long terme), alors qu’il y a encore quelques années, on entendait encore de nombreux contresens.

J’ai l’impression que la société cherche des solutions de plus en plus éco-friendly et de plus en plus sourcées. Les gens se renseignent : il s’agit donc de leur donner les bonnes informations.

Même s’il reste beaucoup de progrès à faire, j’ai aussi le sentiment que les personnes qui choisissent de ne pas allaiter le font désormais davantage en pleine conscience, sans dénigrer les bienfaits de l’allaitement maternel.


Si vous disposiez d’une baguette magique, que changeriez-vous en France pour faire progresser les taux d’allaitement maternel ?

 

Pour moi, le plus important est de faire respecter le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel défini par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé).

Ce Code interdit la publicité pour les PPN (Préparations pour Nourrissons), alors qu’en France, l’interdit ne porte que sur les produits dédiés aux enfants de moins de 6 mois. Pourtant, l’OMS recommande d’allaiter « pendant au moins 2 ans, ou plus selon la volonté de la mère et de l’enfant ».

Tant qu’on baignera dans un bain marketing contraire aux recommandations de l’OMS et qu’il n’y aura pas de démarche gouvernementale forte en ce sens, on ne pourra pas progresser.

L’OMS a récemment fait le reproche à la France de ne pas respecter le Code, ce qui constitue un frein au taux d’allaitement à la naissance.
Quelques bonnes évolutions ont été constatées depuis : l’évaluation du respect du Code dans les maternités et la mise en place de nouveaux objectifs d’allaitement notamment.

Dans le dernier PNNS (Plan National Nutrition Santé, publié tous les 5 ans), on sent une prise de conscience gouvernementale sur le sujet.


Vous êtes présidente de la CoFAM (Coordination Française pour l’Allaitement Maternel) : Pourriez-vous nous expliquer quel est le rôle de l’association ?

 

La CoFAM est une association loi 1901 reconnue loi d’intérêt général au double titre de ses actions sociales et de ses actions scientifiques. Sa principale mission est d’assurer la fédération des différentes associations locales, des professionnels et des individus.

Elle regroupe à ce jour entre 200 et 250 membres — dont de nombreuses associations locales et nationales.

La CoFAM remplit plusieurs missions :

  • Le conseil scientifique qui publie des recommandations d’experts tous les 2 ans. Les dernières en date portaient sur la diversification et les facteurs qui enclenchent ou inhibent l’allaitement à la maternité.
  • Le groupe de travail social qui peut, entre autres, orienter les mamans qui ont besoin de conseils juridiques, si, par exemple, elles rencontrent des difficultés à poursuivre leur allaitement à la reprise du travail, ou bien rencontrer les populations à grande précarité dans les hôtels sociaux…
  • Les lettres ouvertes qui peuvent aboutir à des propositions gouvernementales. La CoFAM fait notamment des propositions pour le PNNS (Plan National Nutrition Santé).
  •  Le lien avec des associations nationales sur le thème de la périnatalité, notamment pour donner notre voix auprès de la Commission des « 1000 premiers jours ».
  • L’organisation de la SMAM (Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel) : son thème est défini par la WABA (World Alliance for Breastfeeding Action) et nous l’adaptons pour la France. Sur cet événement, nous jouons le rôle de fédérateur et sommes en charge des supports de communication (un pack de communication est envoyé à chaque adhérent).
  •  L’organisation de la JNA (Journée Nationale de l’Allaitement) tous les 3 ans* : il s’agit d’une journée de formation professionnelle ouverte au grand public avec des conférences, des stands… Le thème annoncé pour l’édition d’octobre est ‘Vivre en allaitant’. `
  •  La diffusion du code de l’OMS et des recommandations existantes au sujet de l’allaitement maternel


Votre rôle en tant que présidente ?

 

Mon rôle au sein de la CoFAM est de coordonner les actions de chacun : conseil scientifique, communication, groupe de travail social, formation des professionnels.

Nous sommes 16 au Comité d’Administration de la CoFAM, avec des profils très variés : maman, pharmacien, médecin, animatrice d’associations comme La Leche League France, consultante en lactation IBCLC…

Il n’y a pas deux profils identiques. Nous avons tous des compétences complémentaires.


Quelles sont les évolutions amorcées ? Les prochains challenges de l’association ?

 

Nous travaillons sur 3 axes :

  • Un premier enjeu est de rafraîchir, rajeunir et décrasser l’image de l’allaitement maternel.
    L’univers de l’allaitement n’est pas seulement le monde feutré de la sortie de la maternité. Pour donner une nouvelle image, nous travaillons beaucoup sur la dimension visuelle de nos communications : avec des illustratrices qui donnent un côté « fun », mais aussi sur des projets photos. Je pense notamment à la diffusion de photos de femmes allaitantes à La Réunion, qui montrent la dimension multiculturelle de l’allaitement.
  • Un deuxième axe est de préciser qui on est.
    Certains nous confondent avec des associations comme La Leche League, qui proposent du soutien aux mères. Pour notre part, nous ne suivons pas de situations individuelles : nous sommes plutôt l’interlocuteur des professionnels, des décideurs et des associations.
  • Enfin, nous souhaitons renforcer notre rôle en tant qu’organisme de formation, notamment être plus présent sur la formation continue.


S’il ne devait y en avoir qu’un, quel serait votre meilleur conseil à l’attention des futures mamans qui se préparent à allaiter leur bébé à venir ?

 

Mon meilleur conseil aux mamans serait d’écouter et de respecter le choix qui est au fond d’elles-mêmes.
Elles doivent écouter leurs envies. Mais aussi pouvoir effectuer un choix libre et éclairé à partir d’une information juste, loyale et adaptée.

L’allaitement et l’interruption de l’allaitement ne doivent pas dépendre de contraintes extérieures.


Un petit mot sur VanillaMilk ?

 

Toutes les initiatives en faveur de l’allaitement, comme l’est VanillaMilk, sont positives.
Nous sommes tous complémentaires. Et donc ravis qu’elles apparaissent dans le paysage des acteurs de l’allaitement.

 

* JNA (Journée Nationale de l’Allaitement) reportée au 16/10 pour l’édition 2020

 

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Essie

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